UN INSECTE QUI FAIT MOUCHE
copyright Mona Lisa
 
Nous pensons les connaître car nous les voyons tous les jours autour de nous, et pourtant… 
Même si parfois elles tuent ou transmettent des maladies, les mouches savent aussi se rendre très utiles…
MOUCHES TUEUSES

 

On le sait, les mouches aiment nous rendre visite en toutes situations. On sait aussi qu’elles peuvent transmettre des maladies. Mais l'on connaît moins la capacité qu'ont certaines mouches à tuer. Mangeuses d'homme ou de bétail, les "Lucilies bouchè-res" sont en effet des tueuses.
Leurs méfaits commencèrent avec la conquête de l’Amérique Latine. Lors du mar-quage au fer rouge des Indiens emprisonnés par les Espagnols, les lucilies profitè-rent de ces plaies pour proliférer et tuer. L'explication : les lucilies bouchères ont pour tactique de repérer une plaie et de s'y loger pour pondre, puis, les larves carnivores éclosent et se régalent au cœur même de la plaie, rongeant ainsi la victime jour après jour. Une situation d'autant plus terrifiante lorsque l'on sait qu'une femelle peut pondre près de 4.000 œufs…

 

Pour lutter contre ces mouches dévastatrices, des traqueurs de mouches améri-cains ont pensé à la physique nucléaire… Les mouches atomiques sont nées ! L'ob-jectif est de stériliser des mouches avec une source de rayon Gamma et de rempla-cer les mâles habituels par ces mouches atomiques stériles qui ne permettront pas la reproduction. Les femelles ne copulant qu’une seule fois, ne pourront procréer de nouvelles générations. Dans certaines zones, les lâchers de mouches atomiques se font par millions. C'est le cas au Nicaragua où de nombreux largages par avion sont effectués toutes les nuits. Une dizaine de bombardiers légers sont à l'œuvre chaque semaine pour déverser sur les zones de combats près de 100 millions de mouches atomiques. Les mangeuses d’hommes reculent aujourd’hui au Nicaragua,
D’autres pays d’Amérique central seront bientôt protégés par les mouches atomiques stériles grâce à la coopération internationale dirigée par la FAO, l’organisation des Nations unies.
Mais la guerre coûte cher, plusieurs centaines de millions de dollars…

 

SOMMEIL DE PLOMB

 

Responsables de ce que l'on appelle la "maladie du sommeil", les mouches Tsé-Tsé que l’on trouve en Afrique, ont pour repère les cours d'eau où les crocodiles sont une de leurs proies favorites. Grâce à leur trompe piqueuse, dont elles se servent comme d’une paille, les Tsé-Tsé sucent le sang et dans le même temps introduisent par cette trompe des parasites : les trypanosomes. Ces parasites vont ensuite migrer vers le cerveau de la victime pour la plonger dans un profond sommeil. Ces mouches ont fait des ravages au fil des années, et notamment dans le bassin du Congo en 1930 avec près de 500.000 morts.

 

Sur le terrain, des forces spéciales françaises de l'IRD et du CIRAD s'efforcent de rechercher des solutions efficaces pour contrer ces insectes pernicieux. Les tsé-tsé sont aujourd’hui traquées grâce aux satellites ! 
La méthode consiste à croiser les données fournies par les images satellites sur la végétation, les cours d’eau, la présence d’animaux, pour prévoir les zones de prolifé-ration des tsé-tsé où l’on implantera des pièges. Aujourd'hui, 100 000 pièges mortels, ont été implantés dans toute l'Afrique, mais leur coût reste élevé…
Pourtant, il y a urgence car les mouches Tsé-Tsé prolifèrent très vite. Elles ne pon-dent pas d'œufs mais accouchent d'une gigantesque larve tous les 10 jours. Ces lar-ves donnent au bout d'une demi-heure des nymphes desquelles vont éclorent de nouvelles Tsé-Tsé. Aujourd'hui, des régions entières d'Afrique sont encore totale-ment privées de soutien pour lutter contre les Tsé-Tsé, et dans certains villages, elles continuent à contaminer 3 personnes sur 4.

 


MACHINES VOLANTES

 

La mouche est par certains aspects une « merveille de technologie ». Ses capacités de mouvement sont très élaborées et son système sensoriel est particulièrement dé-veloppé.

 

Élément principal de sa mobilité : ses ailes. C'est en 1947 que des chercheurs commencent à s'intéresser à cette formidable machine volante qu'est la mouche. Des recherches qui suscitent aussi l'intérêt des industriels de l'aéronautique pour d'éventuelles applications dans les stabilisateurs de vol des avions. La mouche dis-pose de deux petits pistons derrière ses ailes, qui lui permettent de décoller et de ne pas voler en rond. Les ailes de la mouche peuvent battre jusqu'à 330 fois par se-conde… Pour faciliter son vol, la mouche dispose de multiples systèmes lui permet-tant d'évaluer les conditions de vol. Les deux antennes situées entre ses deux yeux font office de compteurs de vitesse et lui permettent de mesurer le vent. Automati-quement, les informations recueillies par ces antennes sont directement transmises au système de réglage des ailes. C'est aussi grâce à ce système que la mouche sait si elle peut décoller ou non, selon la vitesse du vent. En vol, la mouche est particuliè-rement aérodynamique puisque les poils présents sur le dessus et les rebords des ailes de fuite améliorent le passage de l'air.

 

Quant au système sensoriel de la mouche, il est lui aussi très perfectionné. La vue tout d'abord : les yeux de la mouche sont composés de 3.000 lentilles individuelles qui lui assurent une vue sur 360 degrés. De plus, la vision de la mouche est compo-sée comme un ralenti de cinéma puisqu'elle gère 200 images par seconde, alors que celle de l'homme en gère 12… ; ce qui explique pourquoi la mouche est si difficile à écraser… L'odorat ensuite : ce sens se situe chez la mouche sur ses antennes. Cet odorat est même parfois très développé puisque la mouche calliphora par exemple est capable de repérer un corps en décomposition à plusieurs kilomètres de dis-tance. Le goût enfin : celui-ci est localisé à l'extrémité de la trompe, mais également au bout des pattes… L'extrémité de la trompe permet à la mouche de se nourrir et de dissoudre la nourriture. Les pattes permettent surtout à la mouche de goûter et d'identifier son repas potentiel, ce qui explique pourquoi elle piétine longuement la nourriture avant de la manger.

 


UNE SEXUALITÉ ÉLABORÉE

 


Les ailes de la mouche sont essentielles dans la parade amoureuse et la copulation. En effet, le battement des ailes est chez la mouche mâle un moyen de séduire la fe-melle et de provoquer l'acte sexuel proprement dit.

 

Comme chez les fourmis, les phéromones sont aussi un élément essentiel du jeu sexuel chez les mouches. Ces substances odorantes qu'elles émanent jouent le rôle de déclencheur et de chef d'orchestre de la parade amoureuse. Une fois les phéro-mones reconnues et acceptées par chaque partenaire, le jeu commence avec le mâle qui va se mettre à tapoter le derrière de sa compagne pour vérifier son sexe. Puis le mâle fait chanter ses ailes pour la séduire avant de lui lécher ses organes sexuels. Vient ensuite éventuellement le feu vert pour courber l'abdomen et passer à l'acte.

 

Certains scientifiques sont fascinés par les mouches et leur sexualité. Jean-François Ferveur du CNRS, a confirmé que les phéromones étaient déterminantes dans la recherche du partenaire. Il a réalisé deux expérimentations :la première consiste à féminiser le cerveau d’un mâle, celui-ci fait alors aussitôt la cour à un autre mâle, en essayant de le sodomiser. La deuxième à pour objectif de parfumer un mâle avec des phéromones femelles, ce dernier devenu transsexuel, subit de suite la parade d’un autre mâle qui tente également de s’accoupler.
À travers ces expériences, Jean-François a réussi à démontrer que les mouches avaient en quelque sorte une double identité sexuelle…

 


MOUCHES AQUATIQUES

 

Les sources d'eaux chaudes, les mares à pétrole et certains lacs sont pour certaines mouches de véritables paradis. C'est le cas des mouches Ephydra qui ont élu domi-cile dans les lacs salés de la Californie, où les prédateurs sont peu nombreux, en raison des conditions climatiques extrêmes. Les mouches ont trouvé la solution pour se nourrir de l’unique ressource des lieux : des algues microscopiques qui réussis-sent à pousser dans ces eaux mortes.
Elle ont inventé pour cela la plongée avec, comme scaphandre individuel, une bulle d’air qui leur permet de respirer sous l’eau et qui leur donne un aspect chromé.

 

Au Mexique, Pedro… pratique la pêche aux mouches, avec laquelle il fait vivre ses 12 enfants. Une fois pêchées, les mouches sont séchées pour être ensuite moulues. La poudre obtenue est mélangée avec des œufs et roulée pour en faire des galettes. Mais il n'est pas le seul à manger de la mouche…

 


UN RÉGAL DE MOUCHES

 

Ce sont les Indiens qui les premiers ont eu l'idée de manger des mouches. Ce qui les motivait, c'était les qualités gustatives mais surtout nutritives des mouches. Mais également aussi parce que ces mouches abondaient dans la région… et qu'il s'agis-sait d'un réservoir de nourriture conséquent.

 

Une chose que d'autres ont d'ailleurs aussi bien compris : les entomophages, au-trement dit des mangeurs d'insectes. Parmi eux, Julietta Ramos Eloduy de l’Instistut
de Biologie de l’ U.N.A.M à Mexico, docteur, et insectivore. Elle a le même point de vue que les premiers indiens mangeurs de mouches. A bien des égards, ces insec-tes présentent de qualités nutritives bien supérieures à notre alimentation moderne: goût, digestibilité, apport en protéines. Mais le préjugé est grand sur la consomma-tion des insectes et Julietta voudrait aujourd'hui le faire disparaître. Pour cela, son argument est irréfutable : les insectes abondent autour de nous et représentent un réservoir illimité en protéines . Dès lors, pourquoi ne seraient ils pas une solution pour lutter contre la famine dans le monde.

 


DOCTEUR MOUCHE ?, UNE URGENCE…

 

Certaines mouches font de la médecine sans le vouloir !
Plus exactement leurs larves présentent un réel intérêt thérapeutique. 
Particulièrement précieuses pour les chirurgiens, elles s'attaquent exclusivement aux tissus morts des plaies. Le Dr John Church, surnommé "Maggot Man" (l'homme asti-cot), s'est spécialisé dans la chirurgie assistée par les larves. Technique principale-ment utilisée dans les cas d’échecs des antibiotiques ou de la chirurgie classique.

 

Pour John, la chirurgie demande trop de personnel. Alors qu'une seule mouche fe-melle produit assez d’asticots pour traiter cinq patients 24 heures sur 24. Son kit de soin, composé de 500 larves stériles, ne coûte que 700 francs
Pour obtenir des larves stériles, un procédé top secret est employé par le seul éle-vage au monde situé au pays de galles.

 

Prés de 300 centres « d’asticot-thérapie chirurgicale » sont aujourd'hui ouverts au Royaume-Uni. Mais malgré son efficacité prouvée et observée, "l'asticot-thérapie" reste une pratique marginale en raison d'un trop grand nombre d'inhibitions liés à ces petites bêtes grouillantes.

 


ÉLEMENTAIRE, MON CHER "ASTICOT" !

 

Autre champs d’action pour le moins inhabituel des asticots et des mouches : la po-lice criminelle.

 

Le Dr Marcel Leclerc, père de l'entomologie criminelle a fait des asticots et des mouches ses plus précieux alliés lors de ses enquêtes… Il utilise en effet ces petites bêtes pour dater la mort des victimes et déterminer les circonstances des meurtres. Et ses diagnostics sont souvent déterminants. D'une part grâce à l'étude du dévelop-pement des asticots pondus dans le corps. D'autre part car plusieurs types de mou-ches se succèdent sur un même cadavre. Tous ces éléments permettent alors à Marcel de reconstituer chronologiquement les circonstances exactes d'un meurtre. La première escouade de mouches s'intéressant aux cadavres est celle des Calli-phoras "mouches à viande", qui interviennent dans les premières heures qui suivent la mort du cadavre. Puis la deuxième, composée des pondeuses, les mouches ver-tes, qui arrivent 8 à 10 heures après le décès. Enfin, les derniers à se manifester sont les coléoptères, les acariens et d'autres mouches…

 

Avec plus d’une centaine d’affaires criminelles résolues par « les mouches » Marcel, est devenu un expert incontournable.

 


MOUCHES ARTISTIQUES

 

D’après les psychiatres la mouche est un des insectes qui frappe le plus notre in-conscient et cela des artistes l'ont bien compris…
Dés la Renaissance, les mouches abondent dans la peinture italienne et hollandaise. Pour afficher leur modernité, les artistes avaient fait de la mouche un trompe-l'œil à la mode. Plus symboliquement, la mouche est une représentation du côté éphémère de la vie.
Aujourd’hui Jean-Marie Gheerardjin, pousse la symbolique encore plus loin. Cet ar-tiste hors normes, à la fois tueur de mouches et "dictateur artistique", comme il se fait appeler, voit la mouche comme un matériau lui permettant d'exprimer ses visions macabres. Dédiées à toutes les hécatombes humaines, les œuvres de Gheerardjin sont composées de mouches mortes, triées au préalable avec minutie.

 


NOS COUSINES LES MOUCHES HUMAINES ?

 

Non, le film "La Mouche" de David Cronenberg n'est pas encore devenu réalité ! Mais dans le même esprit, une mouche, la Drosophile, aussi appelée "mouche du vinaigre", est étonnamment proche de l'homme !
Elle comporte des cellules identiques à celles de l’homme et se reproduit rapide-ment ; une génération toutes les 3 semaines. Cette mouche constitue ainsi un maté-riel de laboratoire idéal. Pour les besoins de telles ou telles recherches, le patrimoine génétique de la drosophile peut facilement être manipulé, d’où la création de nouvel-les races de mouches : les mutantes. Certaines mutantes ont ainsi une patte à la place d'une antenne, ou des ailes atrophiées..
Aujourd’hui des milliers de mutantes sont ainsi brevetées comme n’importe quelle autre invention. 
On doit ainsi aux mouches, la découverte de gènes de nombreuses maladies généti-ques, on lui doit aussi le Viagra, et peut-être demain un pas vers l’immortalité et la compréhension de l'attirance sexuelle chez l'homme.

 


 
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