DES POUX PAS SI LAIDS
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Pou(x) : voilà un mot qui terrorise beaucoup de parents. Chez d'autres, ce mot est plutôt synonyme d'amusement, de légendes… Lentement mais sûrement, ces petites bêtes se sont répandues à travers le monde.
CHACUN SON CAMP

 

Avec l’évolution de l’Homo Sapiens, les forêts de notre corps rétrécirent au point de se morceler, et les poux, ces envahisseurs frileux se divisèrent en trois tribus :
les "pediculus humanus capitis" - les poux des cheveux, les "pediculus humanus corporis" – les poux de corps donc des poils, et enfin, les "pthirus pubis", plus connus sous le nom de morpions. En se séparant en 3 catégories ou "tribus", chacun a trouvé sa forêt à "squatter". Chacune de ces tribus adapta ses armes à sa nouvelle jungle et partit à la conquête de nos ancêtres.
Même si le pou passe volontiers d’un hôte à un autre, il est intéressant de savoir qu’il n'est pas sauteur, contrairement à un insecte comme la puce. En effet, le pou marche, et ne peut donc changer de gîte que par contact : cheveux, vêtements, etc…

 

Pourtant le pou n'est pas intéressé que par les hommes. Les animaux peuvent représenter un véritable paradis pour les poux, grâce à leurs forêts touffues. Ainsi, François-Xavier Pajot, systématicien des espèces à l'Institut de Recherche et de Développement français, a depuis 20 ans démontré que beaucoup d'animaux hébergeaient sur eux des poux. C'est le cas des singes et des gorilles (hôte de morpions également), des phacochères, des antilopes, des écureuils, des loups, des chiens, et même des oiseaux…

 


BÊTE DE SEXE

 

Dès qu’il a trouvé des conditions favorables, le pou se reproduit à vitesse grand V. Et en matière de sexe, le pou est une vraie bête. Avec ses deux paires de testicules et son pénis, le pou consacre une grande partie de sa vie à copuler. Et ses attributs sont plutôt démesurés : ramenés à l'échelle de l'homme, ses testicules pèseraient 5 kg et son pénis en érection aurait la taille d'une cuisse. En action, le pou est capable de féconder 18 femelles à la suite, et l'acte sexuel peut durer prés de 4 heures, et ce dans toutes les positions possibles et imaginables. Le rythme de ponte du pou est de 4 à 9 œufs (les lentes) par jour. Soit environ 100 à 400 lentes produites par un seul pou durant toute sa vie puisque la durée de vie d'un pou est d'environ 1 mois. À leur naissance (à la base du cuir chevelu), les jeunes poux vont fuir la lumière et devront muer 3 fois avant de devenir adultes et d'atteindre la taille de 4mm.

 


UNE PETITE BÊTE QUI S'ACCROCHE…

 

Les poux sont capables d'apprécier une variation de température d'un 1/3 de degré centigrade, et peuvent alors quitter un corps en cas de fièvre ou d'hypothermie. Ils sont également recouverts d'une cuticule imperméable et respirent par 14 stigmates. Lorsque la qualité de l'air se dégrade ou que les conditions deviennent défavorables, ils sont en mesure de les boucher et peuvent ainsi résister plusieurs heures à l'eau chlorée et aux shampoings classiques. On peut donc trouver des poux de tête sur des personnes propres. En effet, les poux ne se nourrissent pas de saletés mais strictement de sang. S'alimenter en sang est vital pour le pou : il effectue plusieurs repas par jour. Ramené à l'échelle d'un homme de 70 kilos, le pou absorbe chaque jour 45 kg de sang, qui lui prendra 3 heures à digérer. Ses repas de sang sont sans douleur pour son hôte puisque grâce à un anesthé-siant, ses dents déchirent la peau sans douleur.

 

Les poux de tête ne sont vecteurs d'aucune maladie, mais sont responsables d'une nuisance physique, appelée le "prurit". Ils sont en général peu nombreux sur une même tête , pas plus d'une dizaine ,même si exceptionnellement, on a pu enregistrer certains records allant jusqu’à un millier de poux sur une même tête. En tout cas, grâce à leurs pinces surdimensionnées, ces petites bêtes n’abandonnent par facilement leur domicile et s'accrochent solidement aux cheveux.

 


REECRIRE L'HISTOIRE GRACE AUX POUX

 

Au cours des siècles, les poux ont accompagné les hommes dans leurs migrations et envahirent ainsi tous les continents.
Pour le professeur brésilien Adauto José Gonçalves de Araùjo, de la fondation Oswaldo Cruz les poux sont les plus vieux compagnons de l'homme. Il a en effet trouvé un pou de plus de 10.000 ans. L’étude des poux des momies s'avère alors un excellent moyen d’étudier les migrations de l'homme préhistorique. C'est ainsi, en com-prenant l'origine de quelques œufs que le professeur fut en mesure de refaire l'histoire du peuplement de l'Amérique en prouvant que les Amérindiens arrivèrent avec leurs poux, non seulement par le détroit de Béring mais aussi par la mer.
Pour preuve que les poux sont partout : on en a aussi retrouvé au Groenland dans les cheveux de plusieurs cadavres desséchés conservés dans la glace depuis le XVIe siècle.

 


LEGENDES DE POUX

 

Ayant accompagné les hommes à travers l’histoire les poux sont omniprésents dans les légendes et traditions du monde entier… Que ce soit chez les Inuits, les Indiens, les musulmans ou les civilisations précolombiennes.
Surnom donné à certains animaux chez les esquimaux, symbole d'une chasse fructueuse chez les Tongouses et de chance chez les musulmans, moyen de paiement dans les civilisations pré-colombiennes (les pauvres payaient l'impôt avec des sacs de poux), le pou accompagne l’homme à toutes les époques et sur tous les continents.

 

Au Groenland, on répertorie de très nombreuses légendes et histoires autour des poux. Dans les écoles on ne raconte pas l’histoire du chaperon rouge, mais celle d’une petite fille Poorustini qui aimait tellement les poux , qu’elle les mangeait !
Une autre histoire est bien connue des enfants : la légende de la déesse de la mer : les animaux marins naîtraient en fait des poux perdus par cette divinité. La déesse de la mer régule le bon fonctionnement de la société. Si les villageois ne se comportent pas bien, la déesse de la mer est infestée de poux et les chasseurs rentrent bredouilles.. C'est en peignant les cheveux de la déesse que les chasseurs renvoient dans l'eau les animaux marins représentés par les poux. De là naît au Groenland l'importance divine des séances d'épouillage. Des séances qui sont aussi fortement présentes dans de nombreuses autres civilisations.

 


ÉPOUILLAGE ET LIEN SOCIAL

 

Que ce soit chez les hommes ou les animaux, l'épouillage est devenu un rituel permettant de renforcer le lien social

 

Chez les animaux, l'épouillage est le plus souvent un jeu et fait référence à une vraie symbolique des poux. C'est principalement le cas chez les primates pour lesquels l'épouillage, aussi appelé "grooming", a davantage un rôle social qu'un rôle hygiénique. Pratiqué toute la journée et pouvant durer plusieurs heures, le grooming a surtout pour but de renforcer la cohésion du groupe. Il permet aussi souvent de favoriser la coopération maternelle entre les femelles et le respect de la hiérarchie. C'est même devenu un plaisir quotidien pour les singes qui s'épouillent même en l'absence de poux. Un plaisir que les hommes ont cherché à exploiter puisque des Portugais avaient dressé des singes pour épouiller des gens.

 

Chez les hommes, le "grooming " existe aussi. Nombreuses sont en effet les civilisations où l'on aime se chercher des poux dans la tête. 
En France, en Bretagne, au début du siècle, les séances d'épouillages étaient une activité banale, presque quotidienne et souvent familiale. La culture bretonne en est d'ailleurs imprégnée puisque ce rituel a été immortalisé sur des cartes postales. 
Aujourd'hui, l'épouillage est encore pratiqué chez les Pygmées. Cette communauté a mis en scène les séances de grooming en les annonçant par une danse des poux rituelle, appelée "Danse Isengue". Se servant principalement de leurs doigts pour procéder à l'épouillage, ces séances sont aussi un bon moyen de rapprocher les deux sexes, de former des couples et de se faire des "papouilles". Toute la communauté participe au rituel, et chacun a sa fonction : pendant que les adultes s’épouillent, les enfants comptent les poux et les anciens fabriquent du savon, du shampoing, et des peignes à poux…

 

Les peignes à poux sont devenus la passion de Barbara Thorne . Cette américaine a réussi à se constituer une collection unique au monde, avec plus de 100 modèles. Mais pour Barbara, collectionneuse américaine, le peigne idéal restait à inventer . Elle a ainsi breveté un peigne révolutionnaire composé de 3 peignes différents et donc adapté à toutes les phases de developpement des poux.

 


POUX DE TÊTE ET GASTRONOMIE

 

En étroite relation avec les séances d'épouillage, on ne compte plus les civilisations qui ont fait des poux un aliment. Même si sa teneur en calorie n'est pas prouvée, certains semblaient friands de ces petites bêtes. Considérés par certains comme une nourriture extrêmement fortifiante, les poux ont parfois été retrouvés dans des estomacs de cadavres et dans des excréments de momies. Principalement chez les amérindiens, les esquimaux et les Inuits,… Pour d'autres, les poux étaient même une nourriture de luxe (équivalant au caviar) et exquise, comme pour les Indiens Waicas.

 


LES POUX TABOUX

 

Bien qu'ils soient les plus vieux compagnons de l'homme, les poux restent un gigantesque tabou dans nos sociétés contemporaines. On n'en parle jamais, et quand on en parle, c'est un sujet honteux.. Le tabou du poux est né à la fin du XIXe siècle avec les progrès de l'hygiène et l'arrivée des premiers insecticides. L'existence de tels produits rendait marginaux ceux qui avaient toujours des poux, de là est donc né le sentiment de honte vis-à-vis des poux. Mais les poux ignorent les tabous sociaux et s’attaquent à toutes les têtes sans distinction sociale ou culturelle. 
Certains ont d'ailleurs décidé de s'attaquer aux poux mais surtout au tabou social qu'ils représentent…

 

Le docteur Catherine Combescot, de l’université de Tours, essaye de trouver de nouveaux produits pour combattre efficacement les poux. Pour tester et homologuer une nouvelle molécule, elle parcoure le monde afin de récolter des poux là où le taux de parasitisme est important. La première phase de ses recherches consiste à connaître les poux sur le bout des doigts (ou des cheveux…) pour mieux évaluer leur capacité de résistance. Car c'est bien là le problème : les poux sont de plus en plus résistants aux produits existants. Cette recherche est impérative car même si le nombre de personnes touchées par le problème des poux est plus faible qu'autrefois, les cas répertoriés sont plus chroniques et plus sévères. Mais le combat de Catherine ne s'arrête pas là puisqu'elle visite aussi les écoles à la rencontre des enfants pour mieux les informer sur ces petites bêtes qui parfois squattent leurs bouclettes.
Yves Poye, directeur d'école primaire en banlieue Parisienne, fait partie de ceux qui ont accueilli Catherine. Lui aussi s'engage contre le tabou social des poux en mobilisant notamment les médias. Émissions télévisées, radiophoniques, spectacles et chansons sont de bons moyens pour lui de véhiculer son message anti-tabou du pou.
Le combat que mènent toutes ces personnes est à l'image des préjugés liés aux poux : long, difficile, mais solide.

 

 

POUX DE CORPS, POUX TUEURS

 

Si les poux de tête sont inoffensifs et ne font que créer une gêne quotidienne, le cas des poux de corps est très différent, car ils sont vecteurs de maladies.
Toutes les grandes armées furent décimées par le Typhus, une maladie transmise à l'homme par le pou lors des repas de sang. Pendant la seconde Guerre Mondiale, les épidémies se sont multipliées et furent dramatiques. Du coup, une véritable guerre dans la guerre s'est organisée contre les poux avec des "stations industrielles d'épouillage" où l'on désinfectait hommes et vêtements avec une organisation taylorienne. Au Japon, les troupes d'occupation américaine allèrent jusqu’à traiter les prisonniers de guerre à coup de DDT avec la même précision. Par la suite, l'utilisation de ce produit fut sévèrement critiquée en raison des effets secondaires, mais le mal était fait…

 

En Russie, les poux de corps ont aussi fait des ravages. En 1917 Il y eut 30 millions de cas de typhus déclarés et 3 millions de morts pour la seule Russie d’Europe.
Le socialisme doit vaincre les poux
Sinon les poux vaincront le socialisme (Lénine)
Les poux se sont donc vite avérés être l'ennemi du peuple et sous l’impulsion de Lénine les centres de désinfection poussèrent alors comme des champignons. Aujourd'hui, avec la multiplication des SDF à Saint-Pétersbourg, les médecins craignent de nouvelles épidémies transmises par les poux comme la fièvre des tranchées et le ty-phus. Le malade peut être contaminé lors du repas de sang du pou. Mais la maladie est essentiellement transmise au contact de ses crottes virulentes lorsque le malade se gratte au sang.

 

Aujourd'hui, en France aussi, les poux de corps restent un problème pour certaines personnes vivant dans des conditions précaires, SDF et clandestins notamment. Heureusement, certains les aident dans leur combat quotidien. C'est le cas de Françoise Beauvais, qui prend sa retraite, après 33 années de bons et loyaux services dans les bains thérapeutiques de l’hôpital Saint Louis à Paris. Malgré une fréquentation en hausse de ces lieux, connus des visiteurs surtout par le bouche-à-oreille, Françoise ne sera pas remplacée, faute de moyens.

 


DES POUX POUR COMBATTRE LES POUX ?

 

Aujourd'hui, certains scientifiques cherchent à utiliser les poux à des fins thérapeutiques. Au Brésil notamment, où les poux homéopathiques semblent être une solution à de nombreux problèmes chez les animaux, et peut être demain chez l’homme…
Arenales, une PME brésilienne s'est spécialisée dans la mise au point de gammes de produits homéopathiques à base de poux pour combattre les poux des animaux comme ceux des poules, des chevaux, ou des chiens. Il s'agit de granules à base de poux qu'elle exporte dans toute l’Amérique du sud. Le marché s’annonce porteur puisque cette société affiche un chiffre d'affaires en hausse de plus de 300 % chaque année.

 


 
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