RUSES
DE PUCES copyright Mona Lisa |
| Les
puces nous ont adoptés, et c’est tant pis pour elles ; car nous faisons tout pour nous en débarrasser. Pourtant, à y regarder de plus près, ces bestioles ne manquent pas d’intérêt. |
| Pulex
irritans : On ne saurait mieux dire. A lui seul, le nom
latin dont Linné baptisa cet insecte résume sa façon
de le considérer : un indésirable. Dont il faut pourtant
bien s’accommoder, car si l’espèce Pulex irritans est
en voie de disparition, grâce à l’usage du savon, de
l’aspirateur et des insecticides, il y an a d’autres pour
occuper la niche écologique ainsi vacante : la puce du chat (Ctenocephalides
felis), du chien (Ctenocephalides calis), du rat (Xenopsylla cheopis),
de la poule (Echidnophaga gallinacea), etc. Il existe, dans le monde,
quelque deux mille cinq cents espèces hématophages, c’est
à dire se nourrissant de sang, mais pas n’importe lequel
: uniquement celui des oiseaux et des mammifères, dont l’homme,
évidemment. De plus, elles ne s’épanouissent vraiment
que dans la chaleur humide, et là où les larves peuvent
tranquillement s’alimenter de débris, en attendant de devenir
adultes et de rivaliser avec Dracula. Autrement dit, presque tous les
mammifères qui construisent ou habitent des terriers hébergent
une ou plusieurs espèces de puces. Ainsi, les ongulés et
les singes en sont-ils dépourvus, tandis que les rongeurs n’y
échappent pas. Ni l’homme, bien sûr, qui, depuis son
apparition sur Terre, entretient des liaisons souvent passagères,
mais parfois dangereuses.
Parasites permanents ou transitoires Bien avant de parasiter les mammouths, la puce a sans doute démangé les petits mammifères, il y a environ 200 millions d’années. Puis, elle a adopté l’homme quand celui-ci a cherché refuge dans les cavernes, près des abris des blaireaux et des renards. Depuis, la puce n’a cessé d’adapter son mode de vie à celui de ses divers hôtes. Ainsi, la puce du chat et celle du chien logent en permanence dans la fourrure animale, où elle se déplace sans cesse. Mais celles du castor, de l’écureuil ou du hamster ne s’attachent aux rongeurs que le temps d’y prendre leur repas. Quant à la puce du lapin (Spilopsyllus cuniculi), elle pousse très loin l’adaptation : incapable de secréter des hormones sexuelles, elle utilise celles de la lapine en gestation. En se nourrissant du sang de son hôtesse, la puce absorbe l’hormone, et développe ainsi ses propres ovaires. Quelques heures après la mise bas, les puces quittent les oreilles de la lapine pour aller parasiter les lapereaux nouveaux nés, dont l’urine renferme une substance qui les attire. Alors seulement, il y a accouplement des puces et pontes. Douze jours plus tard, les puces reviennent sur les oreilles de la lapine, beaucoup plus parasitées que les lapins mâles. Réveille-matin Au contact des humains, la puce a sut mettre à
profit les particularités de son cycle de métamorphose.
Tout commence par de petits œufs blancs, qui éclosent au
bout de un à dix jours. Les jeunes larves vermiformes, munies
d’une dent d’éclosion très coupante qui leur
permet se sortir aisément des œufs, se nourrissent des déjections
de sang séché des puces adultes. Elles subissent deux
mues avant de fabriquer, avec leur sécrétion salivaire,
un cocon soyeux, au sein duquel elles se transforment en nymphes, puis
en insectes piqueurs. Mais il faut un élément extérieur,
un stimulus, pour déclencher l’éclosion synchrone
de tous les cocons. La seule vibration d’un pas humain suffit
à donner le signal. C’est ainsi que les futurs puces peuvent
attendre, camouflées et embusquées dans les lames des
parquets ou des tapis, près d’un an parfois, l’arrivée
de leur garde-manger. Ce qui explique pourquoi les vacanciers se retrouvent
souvent véritablement assaillis en rentrant chez eux. Championne de saut La puce est capable d’effectuer des bonds équivalant à ce que serait pour un homme un saut de la hauteur de la Tour Eiffel, avec une accélération cinquante fois supérieur à celle de la navette spatiale, ce qui représente une force de gravité de 140 G, alors qu’un pilote de chasse supporte difficilement plus de 6 G. Cette étonnante aptitude est due à la brutale décompression d’une masse élastique, la résiline, qui agit comme un ressort entre le thorax et les pattes arrière. La résiline est également présente dans le système de vol de nombreux insectes. Il se peut qu’au cours de leur évolution, les puces aient perdues leurs ailes afin d’évoluer aisément dans la fourrure de leurs hôtes. Elles ont toutefois conservé un astucieux mécanisme d’atterrissage : des « sacs à air », situés dans les pattes, se gonflent comme des ballons, ce qui leur permet de ralentir leur vitesse une fois la piste en vue. Cette régulation est possible grâce à un système respiratoire qu’actionnent les plaques de l’abdomen. Par ailleurs, le corps de l’insecte est doté de nombreux poils faisant office de capteurs. Tout déplacement d’air renseigne la puce sur la position de sa cible, et elle calcule ainsi précisément la trajectoire de son saut. Ennemi public n°1 La puce peut absorber journellement quinze fois son
poids en sang, ce qui fait d’elle une redoutable vecteur de germes.
Avant de se gorger, elle procède à de multiples essais
de piqûres, comme si elle choisissait l’endroit le plus
favorable pour percer la peau de ses trois lames. Son repas s’accompagne
d’une abondante excrétion de sang incomplètement
digéré. Lorsqu’une puce pique un rat pestiféré,
elle absorbe du sang contaminé et les bacilles de la peste se
multiplie dans son tube digestif, pour y former un véritable
bouchon. Dan l’impossibilité de s’alimenter, la puce
régurgite les bacilles chez ses nombreuses victimes, rats et
hommes. Quelque cent vingt espèces de puces peuvent transmettre
à l’homme la peste bubonique, la principale étant
Xenopsylla Cheopis, puce du rat noir. Sans traitement, dans 50% des
cas, la mort est inévitable. Comment s’en débarrasser ? Aux Etats-Unis, 70% du chiffre d’affaires de certains
magasins d’animaux sont réalisés par les produits
anti-puces. En Floride, pas moins de trois cents sociétés
sont spécialisées dans l’extermination des puces,
et à Miami, la brigade d’intervention des « Fleabusters
» (en français, « éclateurs de puces »)
reçoit jusqu’à mille appels de détresse par
semaine. De quoi faire naître des vocations de chasseurs de puces…Comme
celle de Mike Dryden, surnommé Dr Flea, (Dr Puce), chercheur
à l’université du Kansas, qui étudie depuis
de nombreuses années le comportement de la puce du chat, afin
de mettre au point les pièges les plus efficaces. Son programme
de recherche comporte tout une partie de tests : évaluation de
la trajectoire, distance de saut, sensibilité à la chaleur,
à la lumière…
Chaque année, les Américains dépensent plus d’un milliard de dollars pour lutter contre les puces des chiens et des chats. Si bien qu’une véritable course aux brevets est engagée par les laboratoires. Parmi l’arsenal des produits inédits, de nouvelles molécules redoutables parviennent, en se glissant dans la cuticule des parasites, à les tuer en les surexcitant. Afin de tester les futurs produits anti-puces, et malgré les interventions de « Animal Rights », ligue américaine de protection des animaux, une vingtaine d’élevages laboratoires secrets produisent des puces de manière plus ou moins industrielle. À10 cent la puce (50 centimes), l’affaire est rentable. La ponte a lieu sur des chats, puis les œufs se développent dans des serres recréant toutes les conditions de chaleur et d’humidité idéales au cycle de métamorphose. Pour une plus grande productivité, on utilise également un « chien artificiel », sorte de couveuse constituée d’un alignement de boîtes de Pétri et de tubes. Les puces pondeuses se nourrissent directement en piquant la membrane d’une boîte remplie de sang. Chaque boîte peut ainsi produire de 100 à 200 œufs par jours. De là, à croire que l’industrialisation de l’élevage de puces pourrait donner naissance à un nouveau miracle américain du même type que celui de la Silicon Valley a fait surgir avec ses… puces électroniques, il n’y a qu’un petit saut !
Il semble que la puce ait de multiples accouplements,
et copule dès la sortie du cocon. La puce femelle s’installe
sur le dos du mâle, nettement plus petit. Celui-ci possède
un appareil génital très élaboré : ses deux
appendices mesurent le tiers de sa longueur ; l’un sert à
maintenir la femelle pendant l’acte, l’autre d’organe
reproducteur. La puce mâle utilise également deux ventouses
sensorielles, placées juste au-dessus des yeux, qui sortent pendant
la copulation pour garder la femelle en position. Puces de collection La plus remarquable
collection de puces du monde, conservée au Natural History Museum,
à Londres, est la collection Rothschild. Aujourd’hui, 270
000 puces des plus diverses y sont répertoriées : depuis
la première, recueillie par les pionniers, Charles Rothschild
et Karl Jordan, en passant par la plus petite, appelée chique,
d’a peine 1 mm, jusqu’à la plus grande : une puce
d’Australie de plus de huit millimètres.
Utiliser une puce
pour vacciner les lapins de garenne contre la myxomatose est une idée
de Miriam Rothschild, célèbre entomologiste britannique.
Cette technique a été testée sur les lapins australiens
et, plus récemment, dans la région marseillaise. Les largages
de puce de lapin vaccinantes avaient lieu dans des zones tests bien
délimitées. Pour pouvoir les reconnaître, on marquait
les puces avec une poudre fluorescente jaune. Bête de foire Les aptitudes à
sauter de la puce n’ont pas manquer de stimuler l’imagination
des dresseurs d’animaux et autres montreurs de foire. Pendant
tout le XIXe siècle, les cirques de puces étaient de toutes
les fêtes foraines, et acquirent une telle notoriété
qu’ils finirent par se produire jusque devant les princes et les
chefs d’État.
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Mona Lisa
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