Ces insectes ne piquent pas, ne mordent pas et sont
surtout particulièrement discrets… Pourtant, leurs attaques
peuvent être dévastatrices. Lorsqu'ils arrivent en nombre,
il est difficile de les contrer.
Véritables guerriers, ces petites bêtes vieilles de plus
de 100 millions d'années s’en prennent surtout au bois.
Et donc parfois à ce que nous avons de plus précieux,
comme nos maisons. À la Nouvelle-Orléans, dans l'état
de Louisiane aux Etats-Unis, la situation est telle, que la population
locale ne sait plus quoi faire. Dans la région sévissent
les termites xylophages, considérés comme les plus destructeurs.
Leur terrain de jeu préféré : les maisons et surtout
le bois dont elles sont fabriquées, notamment dans le quartier
français. Rongeant de l’intérieur toute structure
en bois, ces travailleurs de l’ombre opèrent en toute discrétion.
Mais lorsque les maisons, arbres, poteaux électriques ou autres
édifices en bois s'écroulent, leurs ravages éclatent
au grand jour.
Aujourd’hui des légions de nouveaux ennemis très
agressifs venus clandestinement d'Asie par bateaux prennent en tenaille
la Nouvelle-Orléans. Peu exigeants, les termites de Formose s'attaquent
à tous les types de bois, sans exception. Les arbres sont d'ailleurs
leur cible favorite, à tel point qu'un arbre sur 4 serait infesté
par les termites ;des centaines d'arbres sont donc abattus chaque année
à la Nouvelle-Orléans.
TOUS LES MOYENS SONT BONS…
Et le Grand Prix de l'Imagination pour lutter contre
les termites est attribué… aux Américains ! À
la Nouvelle-Orléans, où l'invasion est massive, la population
met la main au porte-monnaie pour lutter contre les termites. Les assauts
de leur mandibules coûtent en effet prés de 1.700 $ par
an à chaque habitant de la Nouvelle-Orléans. La lutte
est donc acharnée et l'on rivalise de moyens pour tenter d'enrayer
ce fléau. Pour l'instant, le moyen le plus efficace est l'utilisation
de poisons : bom-bardement direct sur l'ennemi, stratégie de
l'appât empoisonné, gazage intensif des lieux infestés,
chacun choisit sa méthode. D'ailleurs, des milliers de maisons
sont gazées chaque année, solution extrême qui oblige
les propriétaires à quitter leur domicile pendant 48h.
A la N.O les assureurs refusent de couvrir le risque Termites . Et il
est impossible d’acheter une maison sans posséder des certificats
prouvant leur absence. Résultats, beaucoup de maisons infestées
sont invendables.
Mandaté par la municipalité, Gregg Henderson de l’université
de Bâton Rouge à la Nouvelle-Orléans ,travaille
sur de nouvelles pistes d'insecticides, notamment des insecticides plus
adaptés aux ravageurs d'arbres. Gregg se déplace lorsqu'un
arbre est abattu, il se charge, une fois l'arbre tombé, de retirer
le nid de termites et d’en recenser la population. Dernière
idée des Américains : les brigades anti-termites, composées
quasi-exclusivement…de chiens ! Très utiles pour détecter
les termites dans une maison, les chiens entraînés développent
la capacité de les repérer même à travers
les cloisons. Intéressant, surtout lorsque l'on sait que 85 %
des termites se cachent à cet endroit.
Mais les autres nations ne sont pas en reste dans les nouveaux moyens
de lutte. Notamment la France qui a décidé de son côté
de mettre les termites sur écoute… Les termites sont discrets,
mais lorsque l'on tend bien l'oreille ou le micro contre un mur, ils
se trahissent très vite. Le bruit des mandibules des ouvriers
coupant le bois ou de leur estomac, sans oublier les termites soldats
qui se tapent la tête lorsqu'ils se sentent menacés,…
autant de signes qui ne trompent pas.
LE FAN-CLUB DES TERMITES
Pendant que certains combattent durement le fléau
que représentent les termites, d'autres les vénèrent,
les dégustent, les implorent,… Les fans de termites existent
donc bel et bien, mais manifestent leur passion de manières très
différentes.
En Afrique, même si les écoliers apprennent le point de
vue occidental sur les termites (termites = insectes nuisibles), de
nombreuses ethnies leur portent un intérêt tout particulier.
En Côte d'Ivoire, l'ethnie des Kru organise des festins de termites.
C'est lors de l'essaimage, au début de la saison des pluies,
que l'on attire les termites à la lumière des grands feux.
Les ter-mites ailés capturés sont alors dégustés
pour leur fort apport en calories. Et lorsque les grandes pluies n'arrivent
pas, rien de plus simple que de faire appel à un faiseur de pluie…
En Centrafrique, une autre ethnie, celle des Manjas, se régale
avec les termites. Ces véritables chasseurs de termites n'attendent
même pas la pluie, ils capturent les termites au cours d'une cérémonie
où se mélangent les tambours et les chants. Une cérémonie
qui se termine en apothéose avec la capture de la reine de la
termitière, qui sera elle aussi dévorée mais exclusivement
par les femmes. Sensée permettre aux femmes de devenir fertiles
ou de prolonger leur jeunesse, la reine est en fait un gigantesque ventre
gonflé d'œufs.
La reine pond un œuf par seconde en moyenne, soit prés de
30 millions de nouveaux termites par an… Elle est aussi à
la tête de la troupe de termites soldats qui l'entourent jour
et nuit. Des termites soldats dont doivent se contenter les hommes lors
de la cérémonie, puisqu'il leur est formellement interdit
de manger la reine, au risque de diminuer leur libido… Une autre
ethnie Centrafricaine, les Nzakara, vouent un véritable culte
aux termites, les termites étant pour eux un des oracles les
plus consultés. Le rituel consiste à déposer des
bâtonnets sur les termitières. Les termites donnent leur
réponse en dévorant ou en épargnant ces bâtonnets…
Au Bénin aussi le culte des termites est très présent
: certaines termitières, comme celle de Savalou, sont sacrées.
Considérées comme les demeures de divinités, ces
termitières sont régulièrement visitées
par la po-pulation, qui y fait des sacrifices d'animaux, la plupart
du temps pour s'assurer une bonne récolte.
En Australie, les aborigènes utilisent les termites comme de
petits ouvriers. Les termites font en effet partie du processus de fabrication
d'un instrument de musique vieux de plus de 1.000 ans : le "Yidaki",
aussi appelé "didjeridoo". Le didjeridoo est en fait
une branche d'eucalyptus creusée par les termites de laquelle
sortira un son en soufflant dedans. La branche d'eucalyptus est un symbole
spirituel de la culture des aborigènes et les termites leur sont
de précieux auxiliaires dans la fabrica-tion de cet instrument.
Les Japonais, eux, respectent les termites tout en faisant tout pour
les éliminer. Kaido Sun, exterminateur de termites, vient prier
pour ses victimes une fois par an. Lors d'une cérémonie
bien spécifique, les bourreaux des termites se recueillent pour
que les termites reposent en paix et prient pour les scientifiques,
aujourd'hui décédés, qui ont consacré leurs
vies aux termites.
TERMITES ARCHITECTES
Certains termites ont de leur côté préféré
la profession d'architecte. En y regardant de plus prés les termitières
sont bien souvent de petites merveilles d'architecture et d'agencement
de l'espace de vie. Les termites macrothermes bâtissent l'équivalent
de nos cathédrales, et les humiivores sont de véritables
bâtisseurs de temples.
Dans les steppes d’Australie, les termites magnétiques
ne perdent pas le Nord !
Leurs demeures mesurent quelques centimètres au nord et sud contre
plusieurs mètres à l’ouest et à l’est.
Ainsi à midi, le soleil brûlant n’irradie qu’une
très petite surface de l’habitat, tandis que le matin et
le soir les rayons frappent les autres côtés. Climatisation
oblige ! Les termites se regroupent à l’est le matin et
à l’ouest le soir, trouvant ainsi à chaque moment
de la journée la chaleur idéale.
Autre technique de régulation de la température : des
cheminées en terre, pouvant atteindre 8 mètres dans les
termitières cathédrales, qui le jour draine l’air
frais des profondeurs du nid et la nuit rétrocéde la chaleur
du soleil emmagasinée pendant la journée. Certains architectes
se sont inspirés de ce modèle. C'est le cas notamment
en Angleterre ou le Centre des Impôts de Nottingham et l'Université
de Leicester se sont dotées de cheminées permettant de
réguler l'air frais dans les bâtiments.
En Ecosse, Sandy Halliday, de Gaia Architects, s'inspire directement
pour ses projets de l'architecture animale. Inspiré d'une cheminée
de termitière, elle vise à faire accepter son projet pour
le zoo d'Edimbourg…
Plus original encore : les déjections de termites peuvent faire
office de ciment ! Les déjections de termites contiennent en
effet des sucres non dégradés qui ont l'effet de la super-glu.
Les termites utilisent entre autres leurs déjections pour colmater
rapidement des brèches dans la termitière, occasionnées
par des intrus . Sandy espère qu'un jour les hommes pourront
s'en inspirer pour créer un ciment plus écologique…
TERMITES AGRICULTEURS
Les termites ont aussi la faculté d'aider les
agriculteurs dans leur travail. Au Burkina-Faso, les agriculteurs embauchent
les termites comme recycleurs et laboureurs. La gloutonnerie des termites
est en effet utilisée par certains agriculteurs à travers
la technique du zaï. Elle consiste à appâter les termites
avec de la paille ou des excréments de zébus posés
sur le sol pour qu'ils puissent ensuite creuser des galeries qui permettront
l'irrigation de ce même sol. Mais de nombreux agriculteurs restent
sceptiques quant à l'efficacité de cette méthode.
C'est pourquoi les termites sont régulièrement mis en
scène dans des pièces de théâtre populaire
ayant pour but de promouvoir ces techniques auprès des agriculteurs
réticents.
Parfois les termites démontrent de vrais talents de cultivateurs.
Véritables ingénieurs de l'éco-systéme,
les termites ont du s'adapter suite à des périodes de
disette. Les termites champignonnistes, pour assurer leur survie, se
sont donc mis à cultiver des champignons dans des meules, de
véritables petits jardins. Mais ces champignons présentent
aussi un autre intérêt pour les termites champignonnistes
: ils pré-dégradent la nourriture et facilite la digestion.
TERMITES MEDECINS
En Centrafrique, Bernard N'Donazi s'est spécialisé
dans l'utilisation des termites à but thérapeutique. Comme
dans beaucoup de villages où la médecine moderne est inexistante,
les méthodes du Dr. N'Donazi représentent une vraie solution.
Dans l'ethnie des Soumas, depuis des générations, on a
toujours soigné les ulcères avec du broyat de soldats
termites Macrothermes. Une technique abandonnée par la suite,
mais que le Dr. N'Donazi voudrait promouvoir à nouveau. D'autant
plus que beaucoup de personnes n'ont aujourd'hui pas les moyens de se
payer des antibiotiques… Bernard N'Donazi parcourt donc la Centrafrique
à la rencontre des populations pour populariser ses méthodes.
Mais pourquoi les termites peuvent-ils guérir ? Il est probable
que l'action réparatrice des soldats termites soit due aux sécrétions
de leurs glandes et à la chitine contenue dans leur tête
cuirassée. La chitine possède en effet des propriétés
anti-bactériennes, qui de surcroît est non toxi-que et
biodégradable.
En Cote d'Ivoire, des guérisseurs traditionnels
ivoiriens font aussi appel aux termites. Ils utilisent la terre des
termites comme plâtrage orthopédique. Il paraîtrait
même que la terre des termites guérirait des oreillons
et de la varicelle…
TERMITES CHERCHEURS D'OR
Les termites peuvent nous permettre de faire fortune
! Encore une nouvelle profession pour les termites : chercheurs d'or
. Un géologue canadien, Marc-André Bernier, de la société
Asquith Resources inc, utilise les termites comme auxiliaires prospecteurs.
Pour construire leurs nids, les termites remontent de plus de 20 mètres
sous terre des minéraux et des métaux précieux,
notamment des particules d'or pouvant varier de 30 microns à
3 mm. Les termites remplacent donc les foreuses et permettent ainsi
de diagnostiquer rapidement et à moindre coût, les zones
aurifères.