Frère Antoine, ballade pour un ermite

Documentaire
Durée : 52 '
Support : Digital Betacam - stéréo - 4/3
Version originale : Français

Réalisateur : Bruno Vienne

À Dieulefit, petit village de Haute Provence, j'ai enfin retrouvé la trace du Frère Antoine. Dans son petit ermitage sous un noyer, il me tend un siège et m'invite à grignoter des noix. Au bout de quelques instants de rumination partagée, il me demande si je travaille en ce moment. Devant ma réponse négative, il ajoute en souriant "Alors venez avec moi en Inde, quelqu'un vient de me faire faux-bond, et je ne veux pas partir seul ! ".
J'acquiesce et me voilà soudainement engagé comme caméraman pour un voyage au cœur du Bihar, un des états les plus pauvres de l'inde !

Qui est le Frère Antoine ? natif de la Mayenne, il a fait neuf années de noviciat canonique dans diverses abbayes. Ces divers séjours furent entrecoupés de retours dans le monde et de voyages en Afrique et en Inde. Il a vécu pendant 30 années dans une grotte du rocher de Roque Brune en ermite.

Mais après sa première année de vie dans la fameuse grotte du Rocher, on lui offre un voyage en Inde, c'est en 1968 qu'il rencontre Vinoba, un des principaux
disciples de Gandhi. Sans argent, il est alors hébergé à l'école de la jungle dont le directeur, Dwarko, se prend d'amitié pour lui et lui donne la possibilité de travailler pour l'école pendant quelques mois.

Impressionné par les principes de vie et la philosophie de cette éducation inspirée par Gandhi et Vinoba, il revient dans sa grotte et s'implique dans la vie méditative. Pendant plus de 30 ans, il restera fidèle à sa grotte ne la quittant que de rares fois. C'est là qu'il écrira 4 livres ("Une bouffée d'ermite", "la voie du rocher", "Le cosmomoine" et "Au cœur de la grotte".). Salué par les médias, il acceptera leurs invitations sur certains plateaux ("Combien ça coûte" et "Ex Libris" TF1, "ça se discute" France 2).

C'est en 1994 que je rencontre le frère Antoine pour la première fois en lui proposant de le filmer dans sa grotte pour quelques séquences d'un film sur les loups. Il acceptera un peu à contrecœur, mais se pliera à l'exercice avec le sourire. Quelques années plus tard lors d'un déplacement dans la région de Draguignan, je suis monté jusqu'à sa grotte, mais il avait disparu ! Des amis m'ont même dit qu'il était mort…Plus de nouvelles pendant 3 ans, puis j'apprends qu'il a changé d'ermitage et qu'il va régulièrement en Inde pour soutenir le programme de son ami Dwarko à Bodh-gayâ et à l'école de jungle.

Lorsque je le retrouve à Dieulefit sous son noyer, il m'explique :
"J'ai quitté ma grotte car je devenais une bête curieuse, et j'étais sans arrêt dérangé par les touristes, j'ai donc décidé de partir ailleurs. À partir du moment où j'ai décidé de quitter ma grotte, on m'a parlé d'un petit ermitage qui était libre à Dieulefit. J'appris par la même occasion que j'avais le droit à une petite retraite vue mon grand âge, moi, qui ne vit qu'avec 100 francs par mois."

C'est alors que je décidais de partir en Inde avec cet argent et d'en donner une partie à cette école de la jungle ! "
Au moment de notre rencontre Le Frère Antoine en était à son quatrième voyage en Inde. De plus il soutenait un programme organisé par le directeur de l'école qui a pour but d'opérer les yeux des personnes atteintes de cécité, de cataractes ou d'autres infirmités des yeux qui peuvent êtres traités et soignés.
Depuis 17 années, Dwarko a mobilisé des centaines de médecins et de volontaires pour accomplir ces opérations. Plus de 140 000 cas ont pu êtres traités, parmi eux des centaines d'enfants nés aveugles ont pu être guéri. Dwarko est une sorte de mère Thérésa. Le Dalaï-Lama lui a dit lorsqu'il a visité pour la première fois le fameux camp des yeux "moi j'enseigne la compassion, vous vous la vivez !"

En revoyant le Frère Antoine remplis par ces projets Indiens je remarquai un changement radical dans sa façon de vivre, lui qui passait son temps à fuir le monde était parfaitement à l'aise parmi les foules indiennes et à l'école de la jungle qu'il avait retrouvée, après 30 ans. C'est ainsi que, je le suivis sur les routes de l'Inde du Nord, jusqu'à Bodh-Gayâ.

Cette année, la campagne d'opérations se fera en Août. En 14 jours l'équipe de médecins du Bansali Trust du Gujarât fort de 40 chirurgiens opèrera environ 12.700 personnes dont 200 enfants. Ce qui fait une moyenne de 905 opérations par jour, chaque chirurgien opère en moyenne 22 personnes comptant 20 minutes par intervention, il passera au minimum 8 heures dans le Bloc opératoire. 38,000 patients avaient été examinés, seul 12.700 pouvaient entrer dans le cadre technique des opérations possibles sur le site de Bodh-Gayâ.

Cette campagne d'opérations est possible grâce à la générosité des médecins :
40 chirurgiens indiens, 300 étudiants en médecine et de 250 assistants locaux qui tous bénévolement viennent apporter leur contribution à cette œuvre magnifique. Deux cents enfants seront opérés, les uns pour le premier œil, (l'autre devant être opéré l'année suivante), les autres petits patients revenants pour le second œil.

Dans l'état du Bihâr il y a environ trois mille enfants atteint de cécité opérable dans le cadre des opérations sur le site de Bodh-Gayâ. La difficulté étant en premier lieu de trouver ces enfants éparpillés dans d'innombrables villages, en second lieu de faire accepter aux parents de les amener sur le site de Bodh-Gayâ pour les y faire opérer. Il faut donc une équipe chirurgicale comprenant un médecin et un chauffeur sillonnant les villages du Bihâr et dont le rôle sera de sensibiliser les parents, et la détection des cas opérables.

Notre plus jeune patient opéré aura deux ans...

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