Lyon,
une rue sépare la prison St Paul de la B.P.D.J, Brigade de Prévention
de la Délinquance Juvénile.
Septembre 1997, la Gendarmerie Nationale met en place
ses premières brigades pour lutter contre la délinquance
sexuelle dont sont victimes les mineurs.
Pour
la gendarmerie, il fallait réagir à cette nouvelle délinquance
que la France découvrait semaine après semaine, par une
presse qui désormais en faisait sa Une.
Pour la première fois la loi du silence allait être rompue.
Titre après titre, la presse nous révélait que des
enfants étaient les victimes suppliciées et oubliées
de violences sexuelles commises par des adultes.
Désormais plusieurs expressions devenaient familières de
notre langage : pédophilie, abus sexuels, maltraitance.
C’est
après avoir passé 20 ans à combattre la délinquance
dans les banlieues difficiles de Lyon, que l’adjudant Yves Tuzzolino
fait le choix de se porter volontaire pour commander la première
B.P.D.J.
Désormais, plus rien ne le détournera de
sa nouvelle mission.
Quelques mois plus tard, avec sa nouvelle équipe
de six gendarmes dont 3 femmes, l’adjudant Tuzzolino s’installe
cours Suchet au cœur de Lyon, dans un immeuble, hors gendarmerie
pour ne pas effrayer les enfants dont il doit recueillir les premières
paroles.
La
brigade de Lyon auditionne plus de 250 enfants par an, âgés
de trois à dix-sept ans.
Chaque affaire est confiée à deux gendarmes qui reçoivent
les familles dans un salon et les accueillent autour d’une tasse
de café.
Dans un premier temps, les enquêteurs écoutent
et observent. Puis proposent à la jeune victime de l’auditionner
et recueillir ses paroles dans une autre pièce spécialement
aménagée.
Trois chaises, une grande table en bois clair, des jouets,
un parc d’enfant, des dessins accrochés aux murs, et une
caméra qui filme la totalité de l’audition.
De
l’autre côté de la cloison, dans une pièce équipée
d’un téléviseur et de magnétoscopes, un médecin,
un psychologue et les enquêteurs de la brigade de recherches, écoutent
en direct l’audition de l’enfant.
En toute discrétion, les deux équipes sont reliées
par une oreillette et interviennent par questions réponses interposées.
Formés,
entraînés aux auditions d’enfants victimes d’abus
sexuels, la parole des gendarmes n’est jamais remise en cause. Elle
a valeur de preuve. Même les avocats des auteurs ne la contestent
pas.
En quelques années, la B.P.D.J. a su se faire
une place à part dans les institutions judiciaires. Reconnaissance
incontestée, crainte par les avocats des suspects.
Bernard,
Philippe, Violaine, Jean, Christine et Laurence, se sont tous portés
volontaires pour travailler aux côtés de l’adjudant
Tuzzolino.
Recueillir la parole d’enfant victime de violences
sexuelles, leur rappele chaque jour qu’ils sont un peu plus que
de simples enquêteurs.
Pour Laurence : "C’est peut-être le
seul service de la gendarmerie à être au cœur d’une
enquête où la souffrance est souvent insupportable".
Pour Bernard : "Ce que nous voyons ici dépasse
tout ce qu’on peut imaginer. Nous devons à la fois établir
des faits et protéger ces petites victimes, ces enfants".
Christine
est à la B.P.D.J. depuis le premier jour de sa création.
Elle reconnaît que sa vie personnelle est profondément
marquée par son travail. Célibataire et sans enfants, elle
confie :
"Toutes ces victimes sont un peu comme mes enfants. Depuis que je
suis dans cette brigade, j’ai perdu le sommeil. Mais si c’était
à refaire, je le referais".
Comme ses collègues, Christine suit la totalité
de l’enquête, du premier signalement à la présentation
du suspect devant le procureur de la République. Elle tient à
être présente à tous les stades de l’enquête.
Pendant la garde-à-vue du suspect, Christine regarde
et écoute ses collègues gendarmes de la brigade de recherches.
Elle ne posera que quelques questions pour établir définitivement
les faits.
Dans
ce reportage, nous filmerons la totalité de plusieurs enquêtes
criminelles, les filatures, arrestations, gardes à vue, auditions
des suspects, déferrements au Parquet, expertises médicales
et psychiatriques, et le parcours judiciaire de l’enfant.
Nous filmerons aussi sa famille et les premiers pas de l’enfant
vers sa reconstruction.
Nous essayerons de filmer le coupable avec ses mots, ses remords ou ses
certitudes, et cela jusqu’à sa mise en détention.
C’est
la première fois que la Gendarmerie donne l’autorisation
de filmer les auditions de mineurs victimes d’abus sexuels.
Pour ce reportage, Gendarmerie et magistrats ont accepté
de nous ouvrir cette
porte restée bien trop longtemps fermée au regard d’un
public, qui désormais a le droit de savoir.
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