L’homme
du XXIème siècle a de grandes énigmes à
résoudre : origine de l’univers, de la vie sur terre et
de sa propre origine. Les trois résistent à l’épreuve
du temps.
La science avance à pas de géants, mais les chercheurs
piétinent quand ils parlent de l’émergence de la
bipédie.
Entre 9 et 5 millions d’années, toutes les hypothèses
restent plausibles. Seule quasi-certitude, le continent africain est
bien le berceau de l’humanité, point de départ de
différentes lignées d’hominidés qui se dispersent,
de migration en migration. Ils essaiment tout au long d’un parcours
sinueux, parsemé d’embûches et de terribles bouleversements
climatiques. L’être humain commence alors une lente adaptation
à son environnement : taille, muscles, poils, visages évoluent
dans un foisonnement multi ethnique propre à mettre en déroute
des générations de paléontologues.
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Ils
doivent faire parler les os fossiles, les obliger à livrer
le secret d’une infime trace d’usure, ausculter un
crâne miraculeusement découvert et se rapprocher
de nos ancêtres dans un face à face vertigineux. |
Dans cette quête
de nos origines, Elisabeth Daynes occupe une place à part, celle
d’une artiste, sculpteur en anthropologie, de renommée
internationale, qui se lire avec passion à un travail unique
; recréer sur une échelle de temps de plusieurs millions
d’années, des Australopithèques à l’Homo
sapiens, des hominidés réalistes. Les scientifiques les
plus éminents lui apportent leur précieux concours, et
les technologies nouvelles lui offrent des outils exceptionnels en matière
d’imagerie et de conception assistée par ordinateur.
Pour donner un visage à une personne disparue , à un criminel
recherché ou à un personnage préhistorique, les
techniques sont identiques, et Elisabeth Daynes, moulage des crânes
sous le bras (les originaux ne circulent jamais), se rend au laboratoire
de police scientifique. Un spécialiste utilise des logiciels
très sophistiqués de traitement d’image 3D, qui
lui permettent de préciser l’épaisseur des parties
« molles » du visage, entre les os et la surface de la peau.
Riche de ces données, elle peut commencer dans son atelier, la
sculpture en terre de notre ancêtre.
En
haut de Belleville, dans une cour pavée du Vieux-Paris,
son « antre », rempli de masques de plâtre,
de postiches et de prothèses, donne l’impression
d’être toujours épié par un indien,
un monstre ou un comédien, vestiges d’une pièce
de théâtre ou d’effets spéciaux de cinéma,
les autres activités de l’atelier. |
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Derrière
la baie vitrée apparaît le visage d’un néandertalien,
il manque les ridules et le grain de la peau, dernières
étapes avant de lui faire subir les différents stades
de moulage et de tirage définitif en silicone. Ensuite
viendront la pose des yeux, des dents, des ongles et du système
pileux, implanté poil par poil sur tout le corps. Un ouvrage
d’art que l’artiste exécute en quelques mois
avec ses assistantes. |
Dans
l’attente d’un départ inéluctable, les
dermoplasties forment dans le show-room attenant à l’atelier,
une étrange famille recomposée, si réaliste
que ses membres semblent se livrer à d’improbables
conversations. Au fil du temps, on a pu y croiser l’émouvant
couple d’Homo georgicus , sacré en 2001, les plus
vieux européens (1,7 millions d’années). Ils
côtoient leur cousin africain, l’enfant du Turkana,
un kenyan de 1,6 millions d’années. |
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Quant au couple d’Australopithèques afarensis (du même
groupe que la célèbre Lucy), il a mobilisé notre
artiste pendant sept mois, le temps de sculpteer les deux visages à
l’université de Tel-Aviv, dans le plus grand secret, à
partir de fossiles trouvés en Ethiopie par Donald Johansson et
le professeur Yoel Rak, qui tint le rôle conseiller scientifique.
Les os de Lucy servirent de base de travail à la reconstitution
du corps dont elle peaufina la démarche et la musculature en
observant la morphologie et le comportement des bonobos au zoo d’Anvers.
En 2004, le groupe accueillera cinq autres créations dont nous
suivrons pas à pas la réalisation dans ses moindres détails,
jusqu’à Barcelone où elles seront présentées
dans ce qui sera le plus beau musée des sciences d’Europe.
Le travail d’Elisabeth
Daynes, qui mêle recherche scientifique, innovation technologique
et démarche artistique, permettra d’illustrer de façon
très visuelle et accessible à un large public, la synthèse
des connaissances actuelles sur l’évolution de l homme.
De la recherche de documents aux premières ébauches, le
film devra restituer l’étonnante intimité qui lie
l’artiste et ses personnages ; aider à comprendre ce qui
l’amène à s’intéresser à toutes
ces disciplines scientifiques et à devenir pour les spécialistes
celle qui par ses doutes et ses interrogations, les pousse dans leurs
derniers retranchements.
Ensemble, ils tendent vers une certaine perfection. L’émotion
et le rêve sont au rendez-vous de ce face à face.
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